Silent, we are speaking English!

Du 25 au 29 juillet dernier, Une éducation pour demain (UEPD) a organisé, à Besançon, un stage d’anglais façon « silent way », selon la méthode imaginée par Caleb Gattegno. 25 étudiants âgés de 7 à 77 ans composés d’apprenants et d’enseignants ont été accueillis lors de cette session. Une prouesse pédagogique qui a enthousiasmé ces étudiants estivaux désireux de mettre à profit la douceur de l’été pour (ré)apprendre sereinement ou pour enseigner la langue de Shakespeare.

Le lundi matin à 10h, premier jour de cours, lorsque vous franchissez la porte de la salle du séminaire pour prendre place dans une classe, sans bureau, parmi les étudiants déjà présents et que vous essayez de décrypter les mimiques silencieuses de l’enseignant, vous avez plutôt l’impression d’être inscrits dans un cours de décodage plutôt que dans un cours de langue. Un petit tour d’horizon sur les visages alentour, les yeux rivés sur le tableau, vous fait comprendre qu’avec un peu d’attention vous devriez saisir ce qui se passe. Et c’est là, à votre insu, que le processus d’apprentissage conçu par Caleb Gattegno se glisse subrepticement en vous. En vous appliquant à suivre le pointeur et les réglettes de couleur choisies au hasard par le professeur, vous adoptez un comportement d’apprenant attentif et motivé. Au bout de quelque temps, vous vous entendez prononcer à voix haute ce que le formateur vous montre mais ne vous dit pas. A la fin de la matinée, vous maitrisez et formulez votre première phrase en anglais sans même vous en être rendu compte. Côté enseignant, vous comprenez comment en mettant l’apprenant au centre de la leçon vous obtenez son adhésion et son attention. Un résultat obtenu grâce à d’insignifiantes réglettes de couleur.

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Une pédagogie en couleurs

Insignifiantes ces réglettes multicolores ? Peut-être pas… Simples et rudimentaires, elles permettent à l’élève d’imaginer un dialogue tout en se concentrant sur la structure de ses phrases. Lors des échanges, le maître glisse les formules idiomatiques qui sont répétées naturellement par l’élève jusqu’à ce qu’elles soient retenues par quasi automatisme. L’apprenant crée des réflexes de langage qui structureront sa pensée lorsque, plus tard, il sera prêt à aborder le sujet de son choix. La simplicité de la méthode permet également de travailler la prononciation grâce à un tableau, affiché sur le mur, répertoriant et classant tous les sons quelles que soient leurs écritures. Là aussi, la forte implication de l’élève lui permet de mieux intégrer la bonne tonalité. Plutôt que de répéter un son incompris, il cherche à recréer lui-même le timbre du mot en se concentrant sur ses organes phonatoires. Cet exercice lui permettra d’acquérir à la longue la bonne prononciation spontanément.

Les couleurs utilisées permettent à la fois de faciliter le dialogue, de placer les adjectifs et leurs usages et d’aborder la prononciation. C’est incroyable de voir autant de situations travaillées avec des matériaux aussi simples au départ. Tout se passe comme si la créativité des élèves était stimulée par la recherche de nouvelles possibilités. Au fil de la leçon, les contenus des cours vont crescendo et dépassent souvent le défi de départ lancé par le professeur en début de séance. Puis lorsque les élèves sont allés au bout de l’exercice, l’enseignant ouvre un nouvel environnement de travail à travers une image, une comptine ou un poème afin de générer, sous forme de jeux, des échanges d’une grande richesse.

 

500X500-300x300A la fin de la journée, les cerveaux sont rincés mais satisfaits d’avoir tant appris tout en ne voyant pas le temps passer. Et, au-delà de la langue, les apprenants ont échangé entre eux pendant les pauses, se sont mutuellement accompagnés dans leur apprentissage et ont créé des relations d’entraide et non de compétition. A la fin de la semaine, tout le monde se parle, se respecte, se comprend et s’accepte tel qu’il est. Les apprenants ont autant appris que les enseignants bien que ce ne soit pas sur les mêmes notions.

D’une manière ou d’une autre, chacun repart avec un acquis, confiant dans ce qu’il va pourvoir mettre en place avec son entourage et rasséréné sur les relations qu’il peut entretenir avec autrui. Et à l’heure où enseignants et apprenants s’opposent plutôt que d’être en osmose, c’est sûrement là que se cache la plus grande victoire de la méthode Gattegno.

Sophie
Crédits photos : UEPD

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